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Quel impact de la fusion Suez-Veolia pour les territoires ? (1/2)

Olivier Brousse, directeur de la stratégie et de l’innovation et membre du Comex de Veolia, revient sur cette fusion qui a fait couler beaucoup d’encre. Interview exclusive.

Quel impact de la fusion Suez-Veolia pour les territoires ? (1/2)


Cnerinfo : Avec la fusion Veolia-Suez qui vient d’être actée, Veolia renforce sa dimension mondiale. Conserverez-vous un ancrage local fort de vos activités en France ?

Olivier Brousse : L’ancrage local du nouveau groupe restera essentiel, pour deux raisons. Premièrement, les territoires français sont importants pour Veolia car c’est là, localement, que nous avons les partenariats et la proximité nécessaires pour mettre au point les nouveaux processus et les nouvelles techniques (performance de la gestion des réseaux d’eau par exemple), les nouveaux modèles contractuels et les nouvelles filières (recyclage des déchets plastiques, production d’engrais organiques pour le monde agricole, bioconversion des déchets, etc.).

 

C’est bien le partenariat avec les territoires français qui permet de mettre au point, comme on le fait depuis notre création en 1853, une grande partie des modèles techniques et contractuels que l’on peut ensuite projeter à l’étranger. Il est donc amené à durer et à se renforcer, pour le bénéfice mutuel de nos clients et du nouveau groupe.

 

 

« Apporter aux territoires français de nouvelles solutions de l’étranger »

Olivier Brousse

 

 

Deuxièmement, nous espérons que notre présence renforcée à l’international, dans des zones qui présentent des problématiques environnementales particulières, nous permettra d’apporter aux territoires français de nouvelles solutions. Par exemple, le stress hydrique est un phénomène croissant en France. Or, Veolia et Suez sont déjà présents sur des territoires où le stress hydrique est structurel, comme en Californie, en Australie ou dans certaines régions espagnoles. L’agriculture en Espagne, c’est 60 % de réutilisation des eaux usées traitées, contre moins de 1 % en France.

 

Un autre exemple est le recyclage des batteries de véhicules électriques, un sujet qui va devenir très important dans les années à venir, un million de véhicules électriques vendus en Europe en 2020, c’est autant de batteries qu’il faudra recycler dans 8 ou 10 ans, et notre présence en Chine où nous sommes déjà au travail sur ce sujet nous donne une avance certaine.

 

En bref, grâce à sa présence internationale renforcée, le nouveau groupe va pouvoir apporter à tous ses clients et partenaires, notamment en France, des solutions qui existent déjà, ailleurs, ou qui restent à mettre au point. Le nouvel ensemble Veolia-Suez, c’est donc un ancrage local fort, qui va faire bénéficier les collectivités locales françaises de nouvelles solutions mises au point à l’étranger.

 

 

« L’ancrage local, c’est l’ADN de notre groupe »

Olivier Brousse

 

 

Au fond, un groupe mondial comme Veolia c’est l’addition de milliers d’ancrages locaux. Clients, praticiens, experts, problématiques environnementales et solutions, l’enjeu pour nous désormais, c’est de connecter et de faire circuler toutes les pratiques, de mobiliser les solutions là où elles sont et de les apporter à nos clients. Une régie, aussi compétente soit-elle, c’est une île, un acteur isolé. L’avantage d’un délégataire, c’est la mise à disposition, localement, de millions d’expériences différentes. L’ancrage local et la connexion globale sont donc les composantes essentielles de notre valeur ajoutée.

 

Autre élément crucial : nos emplois ne sont pas délocalisables. Les emplois de nos contrats de collecte, de traitement, de distribution d’eau, sont locaux. Quand une ville change de délégataire, ces emplois restent et quand ensemble nous mettons au point de nouveaux services, comme par exemple, le recyclage des déchets, ce sont des emplois qualifiés qui resteront pendant de nombreuses années sur le territoire. L’ancrage local, c’est l’ADN de notre groupe.

Cnerinfo : Comment comptez-vous relever le défi de cette connexion mondiale des compétences de votre groupe ?

 Olivier Brousse : L’arrivée de Suez chez Veolia, c’est environ 60 000 experts supplémentaires sur les mêmes métiers. Le grand enjeu pour nous, c’est de connecter tous ces praticiens entre eux pour qu’ils partagent leurs expériences. Il nous faut interconnecter cette intelligence car ainsi nous constituerons le plus beau capital humain au monde sur les métiers de l’environnement.

 

Nous allons donc développer les outils numériques, notamment le knowledge management, afin de mettre en réseau toutes ces personnes, puis mettre toutes leurs connaissances à la disposition, par exemple, de l’agent qui travaille en Corrèze, au Royaume-Uni en Australie où dans l’un des 50 pays où nous sommes déjà. La fusion avec Suez, ce n’est pas de l’acquisition de contrats mais de l’acquisition d’expertise sur des sujets communs – je dirais même de l’acquisition de passions communes pour le grand défi de la transformation écologique. Pour répondre à des défis environnementaux colossaux, existentiels même, ce n’est pas anecdotique...

Cnerinfo : Certains territoires ont manifesté leur inquiétude au regard de cette fusion : faut-il s’attendre à une moindre concurrence ?

Olivier Brousse : Nous avons écouté et entendu les élus locaux. L’évolution de l’approche de ce sujet par Veolia en atteste. En octobre 2020, nous disions : « On va racheter tout Suez et on laisse l’activité eau France (2 milliards de chiffre d’affaires) à Meridiam et l’activité déchets France aux autres acteurs du marché ». En avril 2021, suite notamment aux divers échanges avec les collectivités et avant même que l’Autorité de la concurrence ne se soit exprimée, nous aboutissons à un schéma avec un « nouveau Suez » indépendant qui garde en France toutes les activités « eau et propreté », une forte présence internationale (7 milliards de chiffre d’affaires en tout) et tous ses outils d’innovation et de R&D.

 

La concurrence restera donc vive et de haut niveau en France. Et les collectivités vont vite se rassurer sur ce point. Ni l’emploi, ni la concurrence ne vont souffrir de cette fusion. Nous avons entendu l’inquiétude des collectivités et nous avons essayé d’y répondre car nous ne les voyons pas comme de simples clients mais plutôt comme l’une de nos parties prenantes.

 

Retrouvez la suite de l’interview d’Olivier Brousse la semaine prochaine, dans Cnerinfo !