Crise et renaissance du CNERP

Michel Peuchmaurd succède à Gilbert Gauer comme secrétaire général du CNER en 1969. Il le restera jusqu’en 1975. Il lui faut assurer la transition entre une époque de grands notables, pionniers de l’aménagement du territoire, très idéalistes, et une époque plus technocratique, même si elle est tout aussi constructive. On passe de la magie du verbe au sérieux d’études adossées à la réalité. Gilbert Gauer était un homme axé sur le relationnel ; Michel Peuchmaurd est un homme d’étude. Détermination, véhémence, passion, tels sont les traits de caractère essentiels du nouveau secrétaire général.

En 1970, le CNER fusionne avec l’Association nationale des centres régionaux de productivité (ANCRP), et devient le Conseil national des économies régionales et de la productivité (CNERP).

Une forte activité

La nouvelle structure s’implique fortement dans le débat politique :

  • en décembre 1970, le CNERP adresse au gouvernement des propositions d’actions pour une politique d’industrialisation votées en motion finale au congrès de Besançon ;
  • en décembre 1971, le CNERP adresse au gouvernement des propositions pour une approche nouvelle de l’urbanisation, adoptées à l’issue du congrès de Bordeaux (octobre 1971). Le CNER insiste sur la nécessité de mener une politique urbaine globale entre villes et campagnes et de penser en réseau aussi bien de métropoles d’équilibre que de villes moyennes ;
  • en novembre 1972, le CNERP adresse au gouvernement des propositions pour favoriser des filières de développement pour les villes moyennes, à l’issue du congrès de Nice. Elles seront à l’origine de la création des contrats État-Villes moyennes.

CNERP et EPR

Grâce à Michel d'Ornano, député, président du conseil général du Calvados, président du CNERP de 1971 à 1972, la fédération des comités d’expansion contribue de très près à la réforme régionale et à la création des établissements publics régionaux (EPR).

Les EPR se mettent en place en faisant appel aux hommes et aux moyens des comités d’expansion. 7 présidents de comités d’expansion sont présidents d’EPR. 3 présidents de comités d’expansion sont présidents de comités économiques et sociaux régionaux (CESR). Promotion de l’image de marque de la région, recherche et développement d’activités nouvelles, information, documentation, études : les comités d’expansion réalisent dans leur région la politique fixée par les assemblées régionales.

Le Premier Ministre, Pierre Messmer, clôture le congrès de Nice de 1972 : il confirme que les avis du CNERP et des comités d’expansion sur les textes d’application de la réforme régionale seront pris en compte.

En décembre 1971, on recense 126 adhérents au CNERP, dont :    

  • 20 comités d’expansion régionaux
  • 7 centres régionaux de productivité
  • 77 comités d’expansion départementaux
  • 22 comités d’expansion locaux.

Une crise financière mortelle

Pierre Madaule, président du Comité économique et social de Midi-Pyrénées, président du CNERP de 1973 à 1974, se heurte à de grosses difficultés financières. Le bouillonnement des idées au CNERP ne suffit pas à compenser l’absence de bouillonnement de ses financements. Pierre Madaule se voit dans l’obligation de fermer le CNERP, à l’issue du congrès de Nantes, en novembre 1974, et recherche immédiatement les moyens de le faire renaître.

Les comités d’expansion se regroupent, dès janvier 1975, à Lyon, en une fédération informelle, sous l’égide du Comité régional d’expansion économique de Rhône-Alpes.

La refondation du CNERP

Marcel Lucotte, vice-président du Sénat, maire d’Autun, président du CNERP de 1975 à 1979, fait renaître la fédération des comités d’expansion au printemps 1975 grâce à une subvention exceptionnelle accordée par Michel Poniatowski, ministre de l’Intérieur. Il replace le CNERP au milieu de tous les cénacles qui comptent et le fait intervenir dans de nombreux débats. Pour lui, le CNERP se doit d’être un « agitateur d’idées ». Vice-Président du Sénat, il intervient dans les différents projets législatifs sur les collectivités locales, et notamment sur l’aide financière directe des collectivités locales aux entreprises en difficulté, une idée iconoclaste à l’époque. Il redonne au CNERP toute son audience.

En 1975, Anne-France Braquehais devient déléguée générale du CNERP, poste qu’elle occupera jusqu’en 2011. Cette jeune femme apporte, avec détermination et volontarisme, un nouvel élan fédérateur au CNERP, dont il a considérablement besoin.

Le CNERP propose une nouvelle politique d’aménagement du territoire dans le cadre plus difficile de la crise économique et à la lumière du recensement.

La fin des années 1970 voit donc le CNERP renouer avec le débat public :

  • en 1976 sont relancés les Cahiers de l'expansion Régionale, avec pour directeur de la rédaction Philippe Vasseur, journaliste en charge des questions régionales aux Échos et président de l’association des journalistes du développement régional (AJODER) ;
  • en 1977, le CNERP s’implique dans le débat sur le rôle des collectivités locales dans la politique de l’emploi. Le président du CNERP dépose au Sénat un projet de loi sur les interventions des EPR en faveur de l’emploi et du développement économique ;
  • en 1979, les Cahiers de l’Expansion Régionale et le Bulletin mensuel de liaison du CNERP fusionnent pour devenir la revue mensuelle Inter Régions – Les Cahiers de l’expansion régionale, sous l’égide de Philippe Vasseur.

Une revisitation du rôle des comités d’expansion

Le CNERP et les comités d’expansion lancent une réflexion profonde sur leur rôle. En effet, ils ont le sentiment que les idées dont ils étaient porteurs ont vieilli et qu’ils sont de plus en plus englués dans des problèmes de gestion. Leur réussite était due aux idées nouvelles qu’ils avaient alors : la région et le pari industriel. Trois voies novatrices, également facteurs de rassemblement, leur semblent particulièrement intéressantes, dans la conjoncture de 1978, où le social prime sur l’économie :

  • le phénomène associatif a provoqué une explosion de micro-organisations venant de la base. Aux comités d’expansion de les aider (exclusivement dans les domaines qui intéressent l’aménagement du territoire) ;
  • la médiation entre l’administration et les citoyens ;
  • les comités d’expansion pourraient devenir des centres régionaux ou départementaux d’innovation économique et sociale.

Groupe de travail, séminaire et assemblée générale approfondissent cette recherche sous le libellé : « Pour une décentralisation non concédée, la responsabilité locale : un rôle pour les comités d’expansion ».

On recense, en 1979, 118 adhérents :

  • 21 comités d’expansion régionaux
  • 67 comités d’expansion départementaux
  • 30 comités d’expansion locaux.

En 1980, le CNERP fait agréer les comités d’expansion comme associations où les objecteurs de conscience peuvent accomplir leur service civil pendant deux ans (à titre gratuit pour les comités).

En 1981, le CNERP lance une enquête « Industrialisation et environnement », en vue des États Généraux de l’Environnement prévus au début de 1982. Il présente à Michel Rocard, ministre d’État, ministre du Plan et de l’Aménagement du Territoire, un bilan des pratiques d’animation du développement et de l’aménagement du territoire, établi par les secrétaires généraux des comités d’expansion et d’autres agents de développement.

Le nouveau président du CNERP, Jean Charbonnièras (1980-1981), privilégie les réflexions sur l'emploi et sur l'aménagement de l'espace rural. Chef d’entreprise (directeur d’Aussedat-Rey), mais aussi président du Comité économique et social du Limousin, il se focalise sur les initiatives locales et régionales en matière d’emploi et sur la place que les comités d’expansion doivent prendre dans la réforme en cours de la décentralisation.






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