Essor des agences : le sens de l’histoire

Le numéro d’ Inter Régions de juillet-août 2010 avait rendu compte d’une étude, réalisée par l’OCDE, sur le rôle des agences de développement infranationales : il est intéressant d’y revenir.

L’étude ne visait pas l’exhaustivité : elle s’était concentrée sur 16 agences de 13 pays différents. Cependant, en introduction, les auteurs indiquaient qu’il y avait environ 15 000 agences de développement dans le monde, et que leur nombre était en croissance régulière. Ce chiffre traduit une réalité indéniable : les agences de développement ont le vent en poupe ; il existe une tendance lourde de création et de diffusion de ce type de structures ; la vitalité d’Eurada en est, au niveau européen, une illustration manifeste.

La France a été historiquement et est toujours à l’avant-garde de ce mouvement. Sous l’appellation de comités d’expansion, les premières agences se sont créées chez nous dès les années 1948-1950. De très nombreuses structures, en Alsace, en Auvergne, en Lorraine, en Pays de la Loire, etc. ont passé le cap des 50 ans d’existence, tout en demeurant parmi les plus actives et les plus dynamiques de notre pays.

Chacun imaginera les facultés d’adaptation qui leur ont été indispensables pour être en mesure de jouer leur rôle dans des contextes aussi différents que ceux des années 1950, 1970, 1990 et 2011. Capacités d’adaptation d’autant plus nécessaires que la pérennité d’une agence de développement n’est garantie que par son efficacité ; son existence dépend avant tout de la conviction qu’ont ses administrateurs, ses financeurs, ses partenaires, du caractère indispensable de son action.

Quelles sont les raisons de l’augmentation actuelle de ces structures ? La réponse nécessiterait sans doute une nouvelle étude. Je me bornerai à esquisser l’explication suivante : la prise de conscience régulière, croissante, généralisée du rôle moteur des territoires dans le développement des économies du XXIe siècle. Dans un de ses ouvrages récents, Claude Courlet l’exprime simplement ainsi : « Le territoire devient un des éléments fondamentaux de la performance économique ».

À partir de ce constat, les collectivités territoriales les plus dynamiques développent un volet de leur action – l’appui au développement économique de leur territoire – qui vient s’ajouter à leurs vocations traditionnelles : représentation de la population, construction et gestion d’infrastructures, fourniture de services, etc.

Or, de la même manière que la gestion d’équipements et la fourniture de services peuvent nécessiter des formes particulières d’organisation, comme les entreprises publiques locales, l’appui au développement économique est plus efficace s’il s’exerce par l’intermédiaire de structures entrepreneuriales, dont les caractéristiques principales, mises en évidence par l’étude de l’OCDE, sont : l’organisation du partenariat, le rôle d’interface avec les entreprises et le marché, des compétences et des expertises spécifiques, un travail d’incitation, d’animation, de mise en réseau, une fonction de R & D en faveur du développement du territoire.

Ce sont les rôles que jouent, en France, les agences de développement : leur expérience et leur dynamisme les prédisposent à affronter avec succès les évolutions qui se dessinent.

Jean-Paul Pronost, chargé de mission au CNER

Texte paru dans Inter Régions n°297






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