Pour les avocats de la « démondialisation », le libre-échange, par la concurrence étrangère, tue notre économie. D’où les fermetures d’usines, les délocalisations, etc. Il serait donc nécessaire de réinstaurer des barrières douanières afin de protéger et d’ancrer activités et emplois dans nos territoires, d’élever les salaires, donc de stimuler la demande intérieure et la croissance.
Ces propositions laissent toutefois dubitatif.
Rétablir des barrières douanières impliquerait des mesures de rétorsion de nos partenaires. En serait renchéri le prix de nos exportations, dégradant notre compétitivité, et de nos importations, augmentant nos coûts de production, qui intègrent souvent des produits étrangers. Cette inflation importée araserait les gains salariaux escomptés, et la politique monétaire restrictive qui en découlerait, en contractant l’offre de crédit, pèserait à la baisse sur l’investissement, donc sur la croissance.
Les démondialistes se trompent d’adversaire lorsqu’ils vouent aux gémonies le libre-échange. Il est moins en cause dans notre désindustrialisation que le progrès technique et les gains de productivité, qui en sont les responsables aux deux tiers. Une réalité contre laquelle des barrières douanières sont impuissantes et qu’il ne faut pas combattre, mais accompagner ! Si le dumping social reste une réalité souvent difficile à réduire, les accords internationaux et l'élévation du pouvoir d'achat des pays à bas salaires sont nos meilleurs alliés.
Pour nos territoires, l’enjeu reste donc de renforcer leur compétitivité, d’être inséré dans un réseau d’infrastructures et de logistique, et de disposer d’une main-d’œuvre bien formée ; au niveau national, de bâtir une politique industrielle, de favoriser la mobilité et la formation continue, d’assurer un réel aménagement des territoires et de traiter la question du taux de change.
La stratégie de Lisbonne sur l'économie du savoir ainsi que les réflexions européennes issues du traitement de la crise grecque sont deux belles illustrations de ce que l'action politique au sens noble peut apporter au développement économique donc à l'emploi dans nos territoires. Des thèmes sur lesquels devront se prononcer nos hommes d’État. En attendant, en 2012, il faudra se méfier des solutions faciles.
Pascal Allizard, président du CNER
Éditorial paru dans Inter Régions n. 298